Un argument de poids qui pèse moins de 2 500 grammes
Une campagne électorale nous force à soumettre nos ambitions à l’épreuve du pragmatisme. Nous cherchons des solutions qui améliorent la santé et le bien-être de la population, tout en réduisant la pression sur les finances publiques.
Et si l’une de ces solutions existait déjà ? Qu’elle est préventive et prouvée efficace et rentable.
On n'a jamais autant parlé de prévention. Des leviers se mettent en place tels que la Stratégie nationale de prévention. L’écosystème est mobilisé comme en témoigne la naissance de la Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique (CASAPQ). Les formations politiques reconnaissent la nécessité d'un virage vers la prévention et plusieurs se positionnent en faveur d’un rehaussement du trop faible 1,75 % du budget de la Santé qui est dédié à la prévention (sur un total de 68,7B $).
Le défi est que la prévention demeure souvent une idée abstraite. Tout le monde acquiesce, mais à l’heure des choix budgétaires, on demande des résultats démontrés et, avec raison, des arguments économiques.
Prévenir dès la grossesse, une approche rentable
En rassemblant les connaissances, le récent rapport de l’Observatoire des tout-petits sur les perspectives économiques des investissements en petite enfance rappelle un constat documenté depuis longtemps : plus nous investissons tôt dans la vie, plus les bénéfices sont importants pour les enfants, leur santé, leur réussite éducative, leur employabilité future, leur participation citoyenne et l’économie.
Au cœur de cette démonstration se trouve l'importance pour un bébé de naître avec un poids suffisant. À court terme, un faible poids de naissance risque de prolonger le séjour à l’hôpital et de nécessiter des soins médicaux spécialisés. À long terme, il est un associé à une plus grande prévalence du décrochage scolaire et du recours à l’aide sociale au début de l’âge adulte.
L’argument le plus lourd en faveur de la prévention pèse parfois à peine 2 500 grammes.
L’efficacité du suivi Olo à renverser ce pronostic défavorable a été prouvée tout comme sa rentabilité immédiate. Dans ce même combat pour une naissance en santé, il faut ajouter les résultats obtenus à La Maison Bleue et chez Alima. Ces actions et celles de tout un système de partenaires, dans les CLSC comme dans les organismes communautaires, illustrent qu'il est possible d'agir sur les déterminants de la santé lors des 1 000 premiers jours, de la grossesse aux deux ans de l’enfant. Ces actions ont contribué à changer des trajectoires de vie pour plus 250 000 bébés Olo nés à ce jour et peuvent le faire pour les bébés à venir, tant qu’il y aura des inégalités à renverser.
Des inégalités alimentaires qui engendrent plus d’inégalités
Ces actions sont d’autant plus essentielles qu’au Québec, une famille sur 4 avec un enfant de moins de 5 ans connaît une forme d’insécurité alimentaire, ce qui compromet directement la capacité des parents d’offrir à leur enfant une alimentation suffisante en quantité et en qualité.
Aucun parent ne devrait se demander, repas après repas, s’il pourra offrir à son enfant une alimentation suffisante et nutritive. Aucune femme enceinte ne devrait avoir à choisir entre nourrir l'enfant à naître et nourrir ceux qui manifestent déjà leur faim.
La prévention commence pourtant là. Bien avant les corridors des hôpitaux, elle prend racine dans les cuisines, et dans la capacité des parents d'offrir à leurs enfants les conditions nécessaires à un bon départ dans la vie.
À l’heure où les partis politiques présentent leurs engagements, nous les invitons à faire un choix à la fois ambitieux et pragmatique : placer la prévention au cœur des décisions publiques, consolider les programmes qui ont fait leurs preuves avec un financement suffisant, stable et récurrent.
Investir dans les tout-petits, c'est souhaiter le meilleur pour chaque enfant et favoriser la prospérité. Le cœur et la tête pointent la même direction.
La question n'est plus de savoir si nous pouvons nous permettre d'investir tôt. Toutes les données nous indiquent que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas le faire.
Car l'argument le plus lourd pèse peut-être 2 500 grammes, mais ses retombées se mesurent sur toute une vie …. et toute une société.
Élise Boyer
Directrice générale
Fondation Olo
